Il est une particularité d'Héricourt que le visiteur ne soupçonne pas toujours : cette ville de Haute-Saône fut, des siècles durant, une terre protestante. Quand la quasi-totalité du royaume de France demeurait catholique, on prêchait ici la Réforme selon Luther, et l'église de la ville était un temple. Cette singularité n'est pas un accident : elle est le fruit d'une histoire politique qui rattachait Héricourt non pas à la France, mais au pays de Montbéliard et à une dynastie allemande, la maison de Wurtemberg.

Une seigneurie du pays de Montbéliard

Héricourt fut en effet l'une des quatre seigneuries — avec Blamont, Clémont et Châtelot — rattachées au comté de Montbéliard. Ce petit État, enclavé entre la Franche-Comté et l'Alsace, était gouverné par la maison de Wurtemberg, dont le cœur des possessions se trouvait outre-Rhin. Les décisions religieuses prises à Montbéliard ou à Stuttgart s'appliquaient donc aussi sur les bords de la Lizaine.

Cette situation politique originale a des conséquences très concrètes pour les habitants : ils vivent dans un monde francophone, mais sous des princes allemands ; à quelques lieues du royaume de France, mais hors de son autorité. Quand la Réforme bouleverse l'Empire, c'est donc par Montbéliard, et non par Paris, que son destin religieux se décide.

Farel et les idées nouvelles

La Réforme pénètre tôt dans la région. Dès 1524-1525, le réformateur Guillaume Farel — l'un des grands noms du protestantisme francophone — prêche à Montbéliard. Ses sermons enflamment les esprits, au point d'inquiéter le pouvoir : en mars 1525, Ulrich VI de Wurtemberg l'expulse du comté.

Les idées nouvelles, elles, sont déjà semées. Au printemps 1525, la révolte des Rustauds — ces paysans gagnés aux idées de la Réforme — embrase la région : des bandes ravagent les campagnes autour d'Héricourt, de Plancher et de Champagney, avant d'être écrasées près de Villersexel en août 1525. Cet épisode dramatique, souvent oublié, fait l'objet d'un article dédié sur ce blog.

1565 : l'église devient temple

L'ancrage protestant se joue une génération plus tard. En 1565, les ducs de Wurtemberg imposent officiellement la Réforme dans tout le pays de Montbéliard. À Héricourt, l'église devient temple, et la vie religieuse s'organise durablement selon le rite luthérien.

Ce basculement n'est pas qu'une affaire de dogme : il transforme le quotidien. Le culte se célèbre désormais en français, autour de la prédication et du chant des psaumes ; pasteurs et registres remplacent curés et usages anciens ; et, comme dans l'ensemble du pays de Montbéliard, une attention particulière est portée à l'instruction des fidèles, appelés à lire eux-mêmes les Écritures.

Rare singularité dans un royaume presque entièrement catholique : Héricourt demeure, siècle après siècle, une terre luthérienne.

Cette fidélité au luthéranisme — et non au calvinisme, pourtant majoritaire chez les protestants français — distingue encore le pays de Montbéliard et d'Héricourt. Elle a façonné les mentalités, les registres, l'école, les fêtes et jusqu'aux noms de famille de la région.

Du château à la couronne de France

Le XVIIᵉ siècle apporte son lot de bouleversements. En 1662, Madeleine-Sibylle de Wurtemberg s'installe au château d'Héricourt, donnant à la ville un éclat princier dont le souvenir demeure. Mais la puissance française se fait pressante : dans le cadre de sa politique des Réunions, Louis XIV s'empare de la seigneurie et occupe la principauté de Montbéliard de 1676 à 1699.

Pour une population luthérienne, vivre plus de vingt ans sous l'autorité du roi très chrétien — celui-là même qui révoque l'édit de Nantes en 1685 — ne va pas sans inquiétudes ni pressions. L'occupation prend fin en 1699, mais elle annonce une évolution inéluctable : l'intégration progressive de ces terres à l'ensemble français.

Héricourt bascule alors peu à peu dans l'orbite française, sans renier pour autant son héritage. Quatre siècles de vie sous les Wurtemberg ont laissé une empreinte que ni les frontières ni les régimes n'ont effacée : une manière d'être, entre France et monde germanique, qui fait toute l'originalité du pays d'Héricourt et de Montbéliard.

Aujourd'hui encore, le passé protestant de la ville se lit dans son patrimoine et dans sa mémoire collective — un fil que l'association s'attache à faire découvrir au fil de ses publications, de ses expositions et de ses visites guidées.

Sources : Wikipédia, articles « Héricourt (Haute-Saône) », « Protestantisme à Héricourt » et « Principauté de Montbéliard ».