Au matin du 13 novembre 1474, deux armées s'observent dans la campagne d'Héricourt. D'un côté, les confédérés suisses et leurs alliés des villes d'Alsace et de Souabe, sortis de leur camp en bon ordre après avoir pris la ville. De l'autre, les troupes de secours envoyées par le duc de Bourgogne pour dégager la place. Avant la fin du jour, Charles le Téméraire, l'un des princes les plus puissants d'Occident, aura essuyé le premier grand revers d'une guerre qui finira par l'emporter. C'est à Héricourt, et nulle part ailleurs, que s'ouvre ce chapitre de l'histoire européenne.

L'Alsace sous la coupe bourguignonne

Pour comprendre ce qui se joue ce jour-là, il faut remonter cinq ans plus tôt. Par le traité de Saint-Omer, conclu en 1469, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, prend pied en Alsace et y étend sa puissance. Ses ambitions inquiètent : le duc rêve de relier ses possessions du Nord et du Sud en un vaste État continu, aux dépens de ses voisins.

Sur place, l'administration bourguignonne est incarnée par le bailli Pierre de Hagenbach, dont la rigueur nourrit un profond ressentiment. En mai 1474, les villes alsaciennes révoltées le font juger et exécuter. Son frère, Étienne de Hagenbach, mène alors des représailles contre la région. C'en est trop : les cantons suisses, alliés aux villes impériales d'Alsace et de Souabe et soutenus par le roi de France Louis XI — trop heureux d'affaiblir son grand rival bourguignon —, entrent en guerre.

Le rôle de Louis XI mérite qu'on s'y arrête : sans engager directement ses armées, le roi de France apporte son soutien à la coalition. C'est une manière habile de combattre son grand rival par procuration, en laissant aux Suisses et aux villes d'Empire le soin de porter les coups. La diplomatie du « roi prudent » se lit en filigrane de toute la campagne.

Le siège d'Héricourt

À l'automne 1474, la coalition marche sur Héricourt, place tenue par les troupes d'Étienne de Hagenbach. Le siège commence le 8 novembre. Les assiégeants disposent d'une artillerie efficace : le bombardement ouvre une brèche dans la muraille, et la garnison, sans espoir d'être secourue à temps, capitule le 12 novembre.

Pour les habitants, ces journées de novembre ont dû être terribles : le fracas des bombardes, la muraille éventrée, l'attente d'un assaut. On imagine la petite cité fortifiée, resserrée autour de son château, soudain livrée au va-et-vient de milliers d'hommes en armes venus de tout le Rhin supérieur.

Le lendemain pourtant, tout pourrait basculer. Deux armées de secours bourguignonnes approchent : l'une est conduite par Henri de Neuchâtel-Blamont, maréchal de Bourgogne ; l'autre par Jacques de Savoie, comte de Romont, à la tête d'environ 12 000 hommes. Si elles bousculent les coalisés, la chute d'Héricourt n'aura été qu'un épisode sans lendemain.

Le 13 novembre 1474, pour la première fois, une armée de Charles le Téméraire plie en rase campagne devant les confédérés suisses.

La bataille du 13 novembre

Les Suisses ne se laissent pas surprendre derrière leurs retranchements. Fidèles à leur manière de combattre, ils sortent de leur camp et marchent à la rencontre de l'ennemi pour l'affronter en rase campagne. Le choc tourne court : les troupes bourguignonnes sont défaites et refluent, abandonnant la place à son sort.

Cette première grande bataille de ce que l'on appellera les guerres de Bourgogne révèle ce que l'Europe découvrira bientôt à ses dépens : la redoutable efficacité des piquiers suisses, capables de tenir tête aux armées les mieux équipées de leur temps.

Un premier revers lourd de conséquences

Sur le moment, la défaite d'Héricourt peut sembler un incident de frontière. Elle est en réalité un avertissement. Moins de trois ans plus tard, Charles le Téméraire subit coup sur coup les désastres de Grandson et de Morat en 1476, avant de trouver la mort devant Nancy en janvier 1477. Avec lui s'effondre le rêve d'un grand État bourguignon entre France et Empire.

Pour Héricourt, l'épisode de 1474 reste une date majeure : celle où la petite cité fortifiée de la vallée de la Lizaine s'est trouvée, quelques jours durant, au centre du jeu des grandes puissances européennes. Suisses, Alsaciens, Souabes, Bourguignons, et en coulisse le roi de France : rarement autant de destins se seront croisés sous les murs de la ville.

Que reste-t-il aujourd'hui de cette journée ? Aucun monument ne la commémore sur place, et c'est par les textes que sa mémoire nous parvient. Raison de plus pour la raconter : quand on se promène au pied du château, il n'est pas interdit d'imaginer, dans la campagne alentour, les bannières des confédérés déployées au matin du 13 novembre 1474. Un titre de gloire que l'association a plaisir à rappeler aux visiteurs.

Sources : Wikipédia, articles « Bataille d'Héricourt (1474) » et « Guerres de Bourgogne ».