Janvier 1871. La guerre franco-prussienne touche à sa fin, et la France accumule les revers. Une dernière grande espérance se concentre pourtant sur notre région : délivrer Belfort, dont la citadelle, commandée par le colonel Denfert-Rochereau, résiste toujours au siège allemand. C'est sur la Lisaine — cette rivière que l'on écrit aussi Lizaine et qui traverse Héricourt — que va se jouer, trois jours durant, le sort de cette ultime offensive. On parle de la bataille de la Lisaine, ou bataille d'Héricourt.
L'hiver 1870-1871 est l'un des plus sombres de l'histoire de France : l'Empire s'est effondré à Sedan, Paris est assiégée, et les armées improvisées de la Défense nationale tentent, province après province, de renverser un sort qui semble scellé. C'est dans ce contexte désespéré que naît le projet d'une grande offensive à l'est.
Délivrer Belfort
Le plan français est ambitieux : l'Armée de l'Est du général Charles Bourbaki, forte de l'ordre de 100 000 à 150 000 hommes, doit marcher vers l'est, couper les communications prussiennes et débloquer Belfort. Face à elle, le général August von Werder dispose d'environ 46 000 Allemands — trois fois moins nombreux, mais solidement retranchés le long de la Lisaine, d'Héricourt à ses environs.
Le rapport des forces, sur le papier, est écrasant en faveur des Français. Mais les chiffres sont trompeurs : l'Armée de l'Est est une armée rassemblée à la hâte, où les recrues inexpérimentées côtoient les débris des armées vaincues, et dont l'intendance peine à suivre. Ce qui va se jouer sur la Lisaine, c'est aussi le duel d'une armée improvisée contre une défense méthodique.
L'offensive débute sous de bons auspices : le 9 janvier, les Français remportent un succès à Villersexel, où Bourbaki bouscule les troupes de Werder. Mais l'avance française est lente, et l'Allemand met ce répit à profit : il se replie en bon ordre et établit une ligne de défense continue sur la rivière.
Trois jours de combats dans la neige
Du 15 au 17 janvier 1871, l'Armée de l'Est lance ses assauts contre les positions allemandes. Les combats sont acharnés, mais partout la défense tient. Les Français, mal ravitaillés, épuisés par des semaines de marche, se heurtent à des retranchements méthodiquement préparés.
Héricourt se trouve au cœur du dispositif : la ligne de défense allemande suit la vallée de la Lisaine, et c'est autour de la ville et de ses hauteurs que se concentrent plusieurs des assauts les plus durs. Pour les habitants, pris entre les lignes, ces trois journées de janvier restent parmi les plus éprouvantes de l'histoire de la cité.
Le froid est terrible : la neige couvre le pays, et la température tombe jusqu'à −20 °C la nuit. Les soldats français bivouaquent dans les bois, sans abri, et les armes s'enrayent dans le gel. Les témoignages de l'époque disent la souffrance de ces hommes autant frappés par l'hiver que par le feu ennemi.
Dans la neige de janvier 1871, c'est autant contre le froid que contre les lignes allemandes que se brise l'espoir de délivrer Belfort.
L'échec et la retraite
Faute de percée décisive, Bourbaki suspend les combats le 18 janvier et ordonne le repli vers Besançon. Le secours de Belfort a échoué : la citadelle de Denfert-Rochereau, invaincue, ne se rendra que sur ordre du gouvernement, après l'armistice.
Pour l'Armée de l'Est commence alors une retraite tragique. Harcelée, affamée, décimée par le froid, elle est contrainte en février 1871 de se réfugier en Suisse, où elle est désarmée et internée. Des dizaines de milliers d'hommes franchissent la frontière dans des conditions effroyables — un épisode qui a durablement marqué la mémoire de l'est de la France et de la Suisse voisine.
À Héricourt, la bataille de la Lisaine a laissé des traces profondes : sépultures, monuments et souvenirs entretenus notamment par le Souvenir Français, qui veille sur la mémoire des combattants des trois journées de janvier. Elle rappelle que la ville fut, en janvier 1871, l'un des derniers théâtres où s'est joué le destin de la guerre.
Cent cinquante ans plus tard, le nom de la Lisaine ne dit plus grand-chose au-delà de notre région. Il mérite pourtant d'être connu : sur les rives de cette modeste rivière s'est achevée, dans la neige, l'une des dernières grandes espérances de la guerre de 1870-1871. C'est cette mémoire que l'association, aux côtés des associations patriotiques locales, s'attache à transmettre.
Sources : Wikipédia, article « Bataille d'Héricourt (1871) » ; Souvenir Français d'Héricourt.



